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QUESTION D’ÉCOLE

La chose jugée

Le dimanche 11 avril 2010 à la Mutualité

Avec l’esprit Forum qui a soufflé depuis les dernières Journées, l’ECF nous convoque, le dimanche 11 avril, pour mettre en forme une question d’École. Il va s’agir de mettre en valeur les réponses que nous apporte l’École sur des questions essentielles.

Dimanche matin

La première de celles-ci concerne ce qu’il y a de plus contemporain dans le dispositif proposé par Lacan en 1967, afin de juger du devenir psychanalyste. À savoir : la passe. Voilà un des enjeux de l’École de Lacan : saisir le moment du passage à l’analyste au décours d’une cure et authentifier l’élaboration, qui en est faite devant d’autres psychanalystes, par le biais de ces témoins privilégiés que sont les passeurs. La passe a toujours été un enjeu de l’évolution institutionnelle de l’École de la Cause freudienne et, loin de s’en faire le conservatoire, l’École n’a jamais reculé devant les crises que les débats entre ses membres pouvaient susciter. Comment imaginer que, depuis quarante ans, notre conception de la fin de l’analyse, notre conception de l’institution analytique, n’aient pas changé ? L’enseignement de Lacan, l’orientation que lui a donnée Jacques-Alain Miller, nous font apercevoir, au-delà de la science du langage ou de la science du réel qui n’existent pas, les conséquences de l’absence du rapport sexuel, qui conditionne l’existence de la psychanalyse elle-même. Ces considérations, qui seront à l’honneur lors de notre prochain congrès de l’AMP à Paris, nous incitent à donner toute sa place à l’enseignement des dispositifs de la passe. Deux cartels et un secrétariat ont fonctionné jusqu’en décembre 2009 et, depuis janvier 2010, une commission unique les regroupe. À peine commence-t-elle à produire ses effets (une nomination d’AE) que nous la sollicitons pour connaître ses présupposés et ses orientations, voire ses premiers résultats. Quelle que soit l’exigence requise par la mise à jour de l’intime d’une démarche singulière, notre volonté et devoir d’École est de témoigner, devant le plus grand nombre, de ce qui décide, aujourd’hui, de la fin d’une expérience d’analyse et du prix d’un passage à l’analyste.

Dimanche après-midi

La seconde question, que nous aborderons dans l’après-midi du dimanche, concernera un autre usage du jugement, en tant qu’il sanctionne un acte - et un acte contraire aux lois sociales. Quel enseignement la psychanalyse tire-t-elle de la pratique de la justice ? Plus encore, nous voulons faire entendre ce que la psychanalyse, dans sa clinique comme dans son éthique, apporte à une conception de l’exercice de la justice. Freud, s’adressant aux juges d’instruction, Lacan, développant une conception de la criminologie, nous indiquent une voie dont nous voulons affirmer l’actualité. Il y a une actualité de la criminologie lacanienne. La conception du sujet, de son acte, de son rapport à la faute imprègne la clinique de la psychanalyse. Depuis plusieurs années, des psychanalystes sont au contact de justiciables, de condamnés, et notamment à travers des pratiques du champ psychiatrique et social. L’acte criminel n’est plus seulement un objet d’étude, car la psychanalyse est sollicitée dans une recherche désespérée de l’expertise, du soin, souvent très loin de ce qui fait le cœur d’une démarche fondée sur la demande individuelle. Le fonctionnement de la justice est devenu un enjeu social. Les uns faisant peser le “tout sécuritaire” sur les existences individuelles au nom d’un principe de précaution qui ferait, de chaque citoyen, un délinquant ou un criminel en puissance, les autres entretenant la fiction d’une éducation préventive qui cherche, elle aussi, à introduire un principe de précaution. Les entretiens cliniques avec une vingtaine d’hommes et de femmes qui ont commis des crimes et ont été condamnés, ont constitué le cœur méthodologique d’une étude (“L’évaluation psychanalytique du diagnostic et de la responsabilité des auteurs de crime en prison”) à laquelle plusieurs membres de l’ECF ont participé. Cette étude a confirmé des hypothèses de travail qui permettent de lire, dans l’acte du criminel, une particularité subjective au service d’une contingence. L’attention portée à ces particularités subjectives, qui ne se résument en rien à un déterminisme psychologique, ne doit pas, en effet, méconnaître la contingence qui accompagne l’acte. Cette conception rend vaine une prévention scientifique, mais souligne, au contraire, la nécessité de l’attention au dire d’un sujet en difficulté. La deuxième partie de l’après-midi permettra d’interroger, à travers le désir de l’avocat et du juge, les conséquences de ce que nous proposerons. Comment intervient ce désir, au-delà du droit, dans sa pratique ? Le crime et la faute ne sont-ils qu’avatars ou ratage du symptôme ? L’évolution contemporaine de la justice permet-elle de juger les actes d’hommes ou de femmes, ou se fait-elle seulement l’écho des courants d’opinion qui “préjugent” beaucoup d’affaires ? La suppression du juge d’instruction, l’enquête confiée au Parquet, l’augmentation considérable du nombre des gardes à vue ne sont-elles pas des signes de la disparition d’une conception de la justice exercée au nom du droit pour tous ? Ce sont quelques-unes des questions que nous adresserons à Maître Christian Charrière-Bournazel, Bâtonnier de l’Ordre des avocats à Paris, qui a accepté de participer à cet interview-débat, dont nous souhaitons qu’il constitue, après ceux des Journées 38, le début d’une série.

Jean-Daniel Matet Président de l’ECF

Les inscriptions peuvent se faire sur place

ou en adressant le règlement (30 euros) à ECF-11 avril, 1, rue Huysmans, 75006 Paris. Les inscriptions étudiantes (20 euros) nécessitent un justificatif

Un débat est ouvert sur les thèmes de la Journée du 11 avril. On peut envoyer un commentaire, un compte-rendu d’ouvrage, une information, une question en débat, dans des textes ne dépassant pas 700 signes et adressés à Pierre Naveau qui modérera les échanges.

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