Séminaires de textes

Le tournant des années 1920 et la question de la réaction thérapeutique négative

 

Le « tournant des années 1920 » désigne, dans l’histoire du mouvement psychanalytique, le moment où S. Freud signale que sa définition de l’inconscient, caractérisé par ses trois ouvrages classiques – L’interprétation des rêves, Le mot d’esprit et La psychopathologie de la vie quotidienne – ne suffit plus à soutenir l’interprétation. Quelque chose s’est enrayé, les perspectives d’avenir se sont assombries, de façon contemporaine à la première guerre mondiale. Il ne s’agit plus simplement de répétitions agies (agierte) dans l’« arène analytique » dont on peut espérer qu’une perlaboration suffisamment suivie pourra les réduire pour en obtenir le fin mot au-delà des résistances ; le désir de savoir, moteur ultime du transfert au-delà de l’amour et de la haine, trahit l’entreprise analytique, dessinant un au-delà des idéaux des Lumières qui tenaient tant à cœur à Freud. La pulsion s’avère pulsion de mort. Il faut dorénavant envisager un au-delà du principe de plaisir.

Les conséquences s’avèrent doubles :

– Du côté de la conduite de la cure, il faut élargir la notion de résistance – les analystes des années 1930 en reconnaîtront jusqu’à sept types – et prendre en considération le pire, c’est- à-dire la réaction thérapeutique négative. Reconnaître qu’on a sous-estimé la culpabilité inconsciente, comme Freud l’avait déjà fait en 1913 avec la description des « criminels par sentiment de culpabilité » ne suffit plus. C’est au cœur même de la cure qu’il va falloir trouver des solutions nouvelles : en décrivant au moins trois cas de figures, névrotiques ou psychotiques, comme Freud le fait dans « Au-delà du principe de plaisir ». Mais aussi, en allant au-delà, en proposant des stratégies inédites, et ici Freud fait appel à la créativité de ses collègues (ce qui aura comme conséquence une tripartition des courants analytiques, psychologie du moi, relations d’objets, incorporation et contre-transfert), puis remet en cause la notion d’une « fin naturelle » de la cure.

– Du côté des conséquences sociales du repérage de la pulsion de mort, dont la prise en compte est d’autant plus inévitable que dès le départ Freud a souhaité se situer sur une zone paradoxale de fracture du lien social en supposant le savoir hystérique. Avec une répartition entre ce qui concerne le malaise dans la civilisation, c’est-à-dire ce qui toujours résiste, exige une contrepartie des progrès sociaux, à commencer par des contreparties lors de tout assouplissement des rapports au prochain (Nebenmensch), et notre rapport à la promesse politique, à l’illusion, dont Freud repère les caractéristiques d’appel au père (littéralement : désir pour le père, Vatersehnsucht). Dessinant les exigences de ce que doivent être, à chaque fois renouvelées, les caractéristiques de l’offre analytique.

 


Textes de référence :

  • Abraham K., (1919), « Une forme particulière de résistance névrotique à la méthode psychanalytique », in Œuvres complètes, 2, Paris, Payot, 1966, p. 83-90.
  • Fenichel O., (1941), Problems of psychoanalytic technique, NY, Psychoanalytic Quarterly, 1941.
  • Ferenczi S., (1975-1982), Psychanalyse. Œuvres complètes, Paris, Payot.
  • Freud S., (1915-1916), « Les criminels par sentiment de culpabilité », in « Quelques types de caractère dégagés par la psychanalyse », Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1971.
  • Freud S., (1920), « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2004.
  • Freud S., (1934), Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1971.
  • Freud S., (1927), L’avenir d’une illusion, Paris, PUF, 2013.
  • Freud S., (1937), « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », Résultats, idées, problèmes ii, ParisPUF, 1985, p. 25.
  • Reik Th., Le besoin d’avouer, Paris, Payot, 1997.
  • Riviere J., « A contribution to the analysis of the negative therapeutic reaction », 1935.
  • Klein M., « A contribution to the psychogenesis of manic-depressive states », The International Journal of Psychoanalysis, vol XVI, Pt. 2.
  • Little M., « Countertransference and the patient’s response to it », The International Journal of Psychoanalysis, 32, 1951, p. 32-40.
  • Little M. I., « R. the analyst’s total response to his patient’s needs », The International Journal of Psychoanalysis, 38, 1957, p. 240-254.
  • Lacan J., Le Séminaire, livre VIII, Le transfert, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991.
    Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris,
  • Seuil, 1991.
  • Zetzel E., « The so-called good hysteric », International Journal of Psychoanalysis, 49, 1968, p. 256.

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