Edition 2017

image-extension1. Ceux qui passent à l’acte

 

 

 

Pour se repérer dans la clinique du passage à l’acte il convient de différencier acte, acting-out et passage à l’acte.

– Lacan réfère l’acte au dire, l’énonciation du sujet est donc en cause et détermine une mutation de sa position. Il y a un avant et un après.

– L’acting-out met en scène quelque chose que le sujet n’arrive pas à dire, et celui-ci ne se reconnaît pas forcément dans le sens ou l’appel inclus dans ce qu’il donne à voir ou à entendre, dont la dimension inconsciente lui échappe.

– Le passage à l’acte est de l’ordre de la séparation de l’Autre et du discours, le sujet s’absente radicalement de ce qu’il agit.

Ainsi la tentative de suicide peut être du registre de l’acting-out ou du passage à l’acte : selon le cas, les conséquences cliniques ne seront pas les mêmes, car le sujet et l’Autre n’y sont pas à la même place. Le passage à l’acte dont peuvent relever une bagarre, un vol, une dégradation… n’est pas toujours prévisible, certes, mais les éléments concernant le rapport du sujet à l’Autre et au langage peuvent

parfois permettre de repérer où il convient de se placer pour ne pas le provoquer.
La réponse à y donner est essentielle : il s’agit de concevoir la juste manœuvre pour que le sujet retrouve un branchement sur l’Autre et la vie sociale… L’éclairage et l’éthique de la psychanalyse peuvent favoriser l’invention d’un dispositif sur mesure.

 

2. Ceux qui refusent tout projet

Décrochage scolaire, démission, souffrance au travail, désinsertion, dépression, désignent des symptômes contemporains dans lesquels le rapport à la demande de l’Autre, nom de la réalité so- ciale, vient refléter la réalité psychique d’un sujet.

Médecins, enseignants et travailleurs sociaux savent qu’il ne suffit pas d’encourager, d’exiger, ou d’injecter de l’idéal pour que cessent l’absentéisme scolaire, l’incapacité de travailler ou le refus de s’insérer… Mais lorsque leur désir se cogne au refus de toute « mise en projet », lorsque leur offre est interprétée comme forçage, les professionnels se découragent.

De quel défaut ou de quelle perte le sujet souffre-t-il pour ne pas pouvoir s’insérer dans le lien social ? L’enquête est parfois difficile à mener, tant le discours est réduit, voire effiloché… Il s’agit pourtant de repérer – à travers de minuscules détails parfois – comment tel sujet a perdu ce qui lui servait de boussole pour s’orienter dans le monde, ou comment tel autre, dispose de peu de mots, d’images et de liens pour s’identifier et énoncer un discours « personnel ».

Comment répondre à la particularité de chaque cas ? Comment partir des petits accrochages du sujet à des mots, des objets, des talents ? Comment, tout en faisant attention à ce qui fâche, effraie, ou dégoûte, permettre à chacun de se frayer une voie avec ce qu’il aime faire, produire, montrer ?

Autrement dit, comment permettre un nouage entre le corps et les mots qui amène le sujet à re- trouver la voie du lien social ? L’apport freudien de la réalité psychique et l’enseignement de Lacan sur sa cause nous donnent quelques éléments pour lire le phénomène de désinsertion et tenter de produire une réponse pragmatique adaptée à chaque cas.

 

3. Ceux qui récidivent

 

Face à la récidive, les équipes éducatives et médicales peuvent être tentées de laisser tomber le patient et de passer le relais à d’autres instances. Le risque est de perdre le sens de ce qui les anime dans leur fonction en cédant sur leur désir.

Cette défense, assez logique, élude la question qui travaille chaque praticien : Pourquoi le pire se répète t-il ?

Freud nous a enseigné avec la pulsion de mort que le sujet ne tend pas vers son bien. La clinique contemporaine donne l’occasion de le vérifier au sens où le Nom-du-Père et les valeurs éducatives ou humanistes ne suffisent plus à réguler le penchant à vouloir jouir sans limite. Gourmandise du surmoi, disait Lacan. Il traduisait l’envers de l’interdit freudien par l’injonction : « Jouis ! ». La répétition fait donc partie de la structure du sujet.

Mais alors comment l’institution, qui « a pour but de réfréner la jouissance », peut-elle traiter la répétition ? Il s’agit d’abord au plan clinique de repérer ce qui n’a pas tenu, ce qui a fait effrac- tion dans la solution que le sujet avait trouvée. Saisir la logique d’une récidive peut donner, au plan pragmatique, les éléments pertinents pour introduire le sujet à la construction de nouveaux points d’ancrage dans le lien social, de nouveaux étayages et appuis identificatoires. Il s’agit alors de ré- inventer un lien entre objet, corps et vie sociale…

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