SÉMINAIRE DE TEXTES

Le samedi de 14h à 15h30, trois ateliers avec Christelle Sandras et Michel Grollier ; Dominique Carpentier et Emmanuelle Borgnis-Desbordes; Danièle Olive et Anne-Marie Le Mercier

 

Pourquoi lire les psychiatres du début du XXe siècle aujourd’hui ?

La précision de leurs observations, la rigueur de leurs élaborations teintent l’approche clinique de la psychanalyse encore aujourd’hui. La rencontre de Freud avec l’hystérie sous la houlette de Charcot à la Salpêtrière sera décisive et Lacan rendra un hommage appuyé aux apports de Kraepelin, Guiraud, De Clérambault pour n’en citer que quelques-uns.

Précurseur, Pinel (1745-1826) bouleverse le regard sur les fous en affirmant qu’ils peuvent être compris et soignés. Il initie la reconnaissance de la maladie mentale, organise et humanise les hôpitaux psychiatriques, introduit une approche médico-légale qui permet de libérer les patients de leurs chaînes.

Esquirol (1772-1840) à sa suite, participera activement au débat sur la responsabilité des malades mentaux lors de crimes tels l’affaire Pierre Rivière [1] et prendra une part décisive dans l’élaboration de la loi de 1838 sur les conditions légales de l’hospitalisation en psychiatrie mettant en cause les internements arbitraires.

Puis vient Kraepelin (1856-1926) qui va marquer profondément la psychiatrie européenne en imposant une classification nosologique des maladies mentales fondée sur des critères essentiellement évolutifs. La sixième édition de son traité de psychiatrie (1899) qui fera date, systématise la définition, la description et les limites des principales affections psychotiques et fait une place particulière à la paranoïa. Kretschmer y rajoutera Le délire de relation des sensitifs ; Sérieux et Capgras, Les folies raisonnantes ; De Clérambault, son automatisme mental et la distinction de l’érotomanie ; Séglas, les hallucinations psychomotrices verbales [2] . La distinction paranoïa-mélancolie fait débat.

Enfin, dans ces débuts du XXe siècle, la paranoïa kraepelinienne va être supplantée par la schizophrénie bleulérienne [3]. Bleuler (1857-1939) en effet introduit une rupture dans l’approche des symptômes par l’introduction de la schizophrénie et de ses concepts fondamentaux, Spaltungautisme, ambivalence, défaut de modulation affective. J.-A. Miller en fait une « production du discours analytique, un rejet du discours analytique, résultat d’une mise au travail des concepts analytiques sur le matériau Kraepelinien, par les bons soins de Bleuler [4] ».

À la différence du repérage psychiatrique actuel, le savoir sémiologique qui s’est déposé des travaux des « grands psychiatres [5] », nous est précieux encore aujourd’hui. Lire leurs monographies, leurs vignettes cliniques est d’un grand intérêt, mais pas sans l’appareil critique qu’y apporte Lacan. En effet cette clinique, si fine soit-elle, se centre sur la catégorie, la classification.

Ce qui distingue la clinique analytique de toute autre, c’est d’être une Clinique-Sous-Transfert. C.S.T., énonce J.-A. Miller, c’est une clinique sur-mesure, elle s’établit de la rencontre. Plus que de se fixer sur une nomination diagnostique, il s’agit pour l’analyste aux prises avec sa pratique, dans le transfert, de trouver à « faire la paire [6]» avec celui qui s’adresse à lui. En effet, nous dit Lacan « tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant [7] ». Tous nos discours ne sont que défenses contre le réel.

1. Auré M., « Pierre Rivière au temps d’Esquirol, Logique subjective du passage à l’acte dans la psychose », publication en ligne sur https://www.lacan-universite.fr/pierre-riviere-au-temps…/
2. Guivarch A., « La folie du doute (avec délire du toucher) ». S’en passer, s’en servir », publication en ligne sur https://www.lacan-universite.fr/la-folie-du-doute-avec-delire-du-toucher-sen-passer-sen-servir/
3. Maleval J.-C., « Aux limites incertaines de la paranoïa. Robert Gaupp et le cas Wagner », La Cause freudienne, no 73, 2009, p. 154-176.
4. Miller J.-A, « Schizophrénie et paranoïa », Quarto, no 10, 1983, p. 13-31.
5. Cycle de conférences « La paranoïa selon les grands psychiatres », in La Cause freudienne, no 73, décembre 2009 et no 74, mars 2010.
6. Lacan J., « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 573.
7. Lacan J., « Lacan pour Vincennes ! », Ornicar ?, no 17-18, 1979, p. 278.
Dernière modification : 20/07/2022

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