Séminaire du Cercle

Que fait-on du symptôme ?

 

Pour Freud, le symptôme est d’abord un fait de langage qui trouve sa logique dans la rencontre du sujet et d’un événement de nature sexuelle. C’est, comme le rêve, un rébus à déchiffrer, mais c’est aussi un phénomène de corps : un phénomène de corps pulsionnel, une façon, substitutive, déplacée, de jouir sexuellement.

Au début du siècle dernier, la psychanalyse a pour objet le déchiffrage et la disparition du symptôme comme symbole, inscrit « en lettres de souffrance dans la chair du sujet » (1). L’accent de la technique analytique est entièrement mis sur l’action interprétative. Le corps – de l’hystérique – est docile : l’interprétation donnée par l’analyste produit un effet de sens, où se révèle la vérité sexuelle refoulée du symptôme qui s’efface alors.

Les années 20 vont marquer un tournant. L’interprétation perd de son efficace : les symptômes résistent à la vérité, ce qui oblige Freud et les analystes à reconsidérer aussi bien la théorie que la technique. Certains se perdront dans l’analyse des résistances ou du caractère ou bien encore dans la technique active.

Freud, quant à lui, postule une force souterraine articulée à la répétition – la pulsion de mort – qui vise par le biais du symptôme, une satisfaction mythique dont l’appel réitéré force la barrière du plaisir pour se faire souffrance. Lacan appellera jouissance ce mixte de libido et de pulsion de mort logé au coeur du symptôme et qui en prévient durablement l’effacement. Le symptôme est devenu essentiellement le lieu d’une fixation pulsionnelle, dont la nature de jouissance le rend rétif à l’interprétation. Jacques-Alain Miller le rappelle dans son cours de l’année dernière (2) et donne à la fixation freudienne, le statut de réel. L’analyse freudienne bute sur ce point indépassable en tant que tel : masochisme et réaction thérapeutique négative sont les deux noms du pessimisme freudien. Lacan ne va pas immédiatement entériner la position de Freud : il va d’abord faire du symptôme une articulation signifiante, un message à déchiffrer. Mais dès le Séminaire « L’Angoisse », Lacan qui est sur la piste de l’objet a comme réel, invite son auditoire à découvrir que « Le symptôme, dans son essence […] est jouissance, […] jouissance fourrée, sans doute, untergebliebene Befriedigung. »

En fait, Lacan va renverser la position freudienne : d’un revers fâcheux et récurrent, Lacan fait une nécessité causale, et le symptôme viendra pour lui pallier l’absence de rapport sexuel en tant « Qu’[il] n’est pas définissable autrement que par la façon dont chacun jouit de l’inconscient… » (3) Puis il en fait une fonction venant doubler celle du Nom-du-Père au joint de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel. Le Séminaire XXIII ouvre alors un au-delà du symptôme : le sinthome, c’est-à-dire le symptôme dans sa radicalité d’événement de corps – un pur évènement de corps (4), incidence indélébile du langage sur le corps.

Lacan avait jusqu’alors abordé le symptôme du point de vue de la névrose : dans le Séminaire XXIII, le sinthome transcende la question de la structure. Il est la marque du parlêtre qui tient ensemble le réel, le symbolique et l’imaginaire selon un mode qui relève de la création standard ou non-standard pour suppléer à l’absence de rapport sexuel.

Que fait-on du symptôme ? Est-ce la même chose de dire, que fait-on du sinthome ?

S’agit-il dans tous les cas en intervenant symboliquement de « dissoudre le symptôme dans le réel ? » (6)


1. Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Ecrits, Seuil, Paris, 1966, p.306
2. Miller J.-A., cours donné dans le cadre de l’Université Paris VIII, notamment du 30 mars 2011, non publié
3. Lacan J., Le séminaire, RSI. non publié p.100
4. Miller J.-A., cours du 30 mars 2011, non publié
5. Lacan J., Le séminaire, Livre XXIV, « L’Insu que sait de l’une-bévue s’aile a mourre », non publié

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