Séminaires théoriques

 

Lecture et commentaire du Séminaire XX Encore (1) de Jacques Lacan 

 

Le Séminaire XX, prononcé en 1972-1973, fut édité presque immédiatement – établi par Jacques-Alain Miller. Lacan nous y parle des femmes et de l’amour, mais surtout de l’inexistence du rapport sexuel et de ses conséquences quant à la jouissance.

« Encore », c’est aussi « en-corps » (2). En effet, il faut un corps pour jouir. « Un corps cela se jouit […] mais on ne peut jouir que d’une partie du corps de l’Autre » (3). Le partenaire du sujet est non l’Autre mais ce qui se substitue à lui, l’objet a, objet a-sexué (4).

« Il n’y a pas de rapport sexuel parce que la jouissance de l’Autre pris comme corps est toujours inadéquate – perverse d’un côté, en tant que l’Autre se réduit à l’objet a – et de l’autre, […] folle, énigmatique » (5).

Lacan répartit les parlêtres en positions masculine et féminine. Si l’on peut dire « tous les hommes sont soumis à la castration », on ne peut pas faire une même catégorie des femmes. Qu’on ne puisse pas dire « toutes », des femmes, fait que, selon l’assertion fameuse de Lacan dans Télévision, « La femme n’existe pas. »

Cette répartition homme/femme, si elle met chacun en relation avec la jouissance phallique, met en évidence qu’une femme n’y est pas-toute. Certaines peuvent éprouver une jouissance supplémentaire, qui s’écrit A. Il y a une jouissance du corps qui est au-delà du phallus, qui est en plus. C’est d’autre chose, que du phallus et de l’objet a, qu’il s’agit dans cette jouissance énigmatique et illimitée. Lacan donne comme exemplaire de cette autre jouissance celle des mystiques, comme celle de sainte Thérèse superbement montrée par la statue du Bernin. Les mystiques l’éprouvent mais ne savent pas de quoi ils jouissent. Les femmes non plus ne peuvent rien dire de cette jouissance ressentie.

L’amour courtois, façon « de se tirer avec élégance de l’absence de rapport sexuel » (6) en « feignant » que c’est le poète lui-même qui y fait obstacle, nous montre que parler d’amour est encore une jouissance. L’amour c’est aussi la contingence de la rencontre, chez le partenaire, de ce qui marque la trace de son exil du rapport sexuel ; contingence qui donne l’illusion que le rapport sexuel cesse de ne pas s’écrire. Mais l’amour cherche à toucher l’être de l’Autre, « la vraie amour débouche sur la haine » (7).

Comme l’année précédente, Lacan a scandé son Séminaire de l’interjection « Yadl’Un », que J.-A. Miller, lors de son cours du 18 mai 2011 (8), qualifiait de « formule réduisant le symbolique […] pour dégager l’itération comme réel essentiel », réduit à un et caetera. Le « Il n’y a pas de rapport sexuel » corrélatif du « Yadl’Un », dit-il, veut dire qu’il n’y a pas de deux. Mais « Il y a le corps ». « L’Autre du signifiant c’est le corps et sa jouissance » (9).


1. Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XX, « Encore », texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 1975
2. Jacques-Alain Miller, « L’orientation lacanienne, « L’Être et l’Un », cours du 18 mai 2011 : « J’imagine même que c’est conforme à l’intention de Lacan qu’encore s’entende en-corps. »
3. Jacques Lacan, « Encore », op. cit., p.26
4. Ibid., p.115
5. Ibid., p.131
6. Ibid., p. 65
7. Ibid., p. 133
8. Jacques-Alain Miller, L’orientation lacanienne, « L’Être et l’Un », cours du 18 mai 2011
9. Ibid.

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