2016-2017

L’imaginaire et l’objet dans la clinique analytique

 

Sém. IV La relation d'objetLa clinique de l’imaginaire est une clinique de l’image, elle prend son départ de l’image que chacun peut avoir de son corps mais aussi, et subséquemment, du monde qui l’entoure. Elle met donc au premier plan le regard mais bien au-delà du regard, le rapport à l’Autre du langage. Par ailleurs, à notre époque où la technologie numérique est souveraine, « un regard global infiltre tous les domaines de nos vies, de la naissance à la mort » comme le rappelle Gérard Wajcman dans son ouvrage L’œil absolu. L’image et l’imaginaire sont toujours plus au service de la bio-politique au sens large, et pénètrent ainsi notre vie intime dans des proportions inconnues dans les années 1956-57. C’est pour nous en faire souvenir que Jacques-Alain Miller dans son introduction au Congrès récent de l’AMP, « Le corps parlant » s’intéressait aux effets de l’extension généralisée de la pornographie.

On connaît partout le « stade du miroir » de Lacan. Des générations de praticiens formés par la psychanalyse ont étudié le Lacan classique qui enseignait la suprématie à accorder au registre symbolique pour dissoudre les formations imaginaires où il situait l’origine des symptômes. La clinique, pourrait-on dire, était avant tout une clinique de la significantisation, c’est-à-dire une clinique rapportée au Nom-du-Père. Le VIIIe congrès de l’Association mondiale intitulé « L’ordre symbolique au XXIe siècle » en 2012, et son sous-titre « Il n’est plus ce qu’il était. Quelles conséquences pour la cure ? », nous ramenait à une interrogation sur notre pratique.

La première conséquence dont témoignent les cliniciens c’est l’extension d’une catégorie qu’on appelait dans la nosographie classique « La psychose ». La recherche menée dans les sections cliniques regroupées dans l’UFORCA a fait naître depuis 1998 une catégorie nouvelle celle de « la psychose ordinaire » qui désigne un type de défaut de point de capiton du type de celui que Lacan avait décrit à la fin du Séminaire III comme le « Nom-du-père » et qui fonctionnait comme un binaire présence/absence. Ainsi une clinique du continu s’est-elle de plus en plus imposée à nous dans les faits. Névrose, psychose et perversion ne sont plus si souvent reconnaissables qu’ils l’étaient sans doute par le passé. Il semble souvent que l’on passe sans s’en apercevoir d’une catégorie à l’autre. Par bien des aspects on peut parler d’une clinique plus « floue » aujourd’hui qu’au milieu du XXe siècle où folie douce et « normalité », si ce mot a encore un sens, copulent ensemble.

C’est ce qui nous pousse paradoxalement durant cette année à faire un retour au Séminaire IV intitulé La relation d’objet. Il s’agit d’un moment très important de l’enseignement de Lacan où il cesse de se consacrer au commentaire systématique de Freud pour entrer dans une zone qui est encore alors un territoire vierge, revendiqué par les post-freudiens dont beaucoup sont kleiniens ou post-kleiniens (Winnicott en tête) et qui, souvent avec brio, développent une clinique sur fondement biologique avec des rudiments d’imaginaire dont le terme Imago rend bien compte.

Pourquoi avoir choisi pour ce programme de l’année à Rennes ce moment qui intéressera autant ceux qui commencent à prendre connaissance des concepts lacaniens que ceux qui se trouvent face aux problèmes que pose la clinique contemporaine des nouvelles formes de point de capiton ? Précisément parce que ce moment de la clinique proprement lacanienne se caractérise par des approches qui ne sont pas encore raidies par l’entrée de Lacan dans le structuralisme.

– ni concernant le rôle de l’image dans la formation du narcissisme (et nous avons affaire de nouveau dans la clinique contemporaine à un renouveau des pathologies nécessitant un « raboutage » de l’imaginaire).

– ni concernant le choix d’objet (ainsi dans une de ses introductions à ce Séminaire, Jacques-Alain Miller, met-il en série le cas de Hans avec ceux de Gide ou encore de Léonard de Vinci). Ce qui correspond à notre époque à une sexualité moins « genrée » comme disent les spécialistes de l’approche sociologique de ces questions. Ceci nous permettra de suivre Lacan dans son interrogation sur la sortie du complexe d’Œdipe et dans son au-delà.

Enfin nous pourrons par exemple, comme J.-A. Miller le signale, le suivre dans les questions si contemporaines concernant la famille (comme celle de la place de l’enfant, et surtout sa « fonction de solution » par rapport à la position féminine de l’être) : première rupture après les post-freudiens entre mère et femme, chronique de la famille concrète et premiers pas vers la « pathologie » aujourd’hui si fréquente, de la déconstruction du mythe familial.

J.-A. Miller encore dans son introduction à ce Séminaire insiste sur le fait qu’il s’agit dans tous les cas d’une clinique du « manque d’objet » et qu’elle nous réinterroge à l’heure où nous croyons avoir « intégré » ce qui sera central dans le Séminaire XX : qu’après toutes les élaborations aussi détaillées qu’insistantes des Séminaires XVI, XVIII, XIX et surtout XX, Lacan en vient à conclure que son objet a n’est finalement pas réel au sens qu’il donne à ce terme dans les années 70, mais n’est qu’un semblant. À divers titres le Séminaire IV, qui navigue entre névrose, psychose et perversion est déjà un séminaire sur la jouissance bien avant que Lacan en ait inventé le concept et c’est pour cela qu’il focalisera notre attention dans les élaborations de l’année nouvelle qui s’ouvre à la Section Clinique de Rennes. Quelles ressources nouvelles pouvons-nous en tirer pour la pratique de la psychanalyse aujourd’hui ?

Voilà quel sera notre fil.

Par Pierre-Gilles Guéguen


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