Séminaires théoriques

Lecture et commentaire du Séminaire VI de Jacques Lacan : Le désir et son interprétation (1)

 

L’être parlant est un désirant en tant que le désir est désir de l’Autre. Sans rapport avec le besoin, désir de reconnaissance selon Hegel, désir de désir, le désir se manifeste dans la prise du sujet dans l’articulation de la parole mais y circule métonymiquement en restant informulé, effet de la division du sujet et du manque de l’Autre.

« Le désir est l’essence même de l’homme » (2) écrivait Spinoza. Le névrosé en fait symptôme, qu’il soit impossible ou insatisfait.

« Che vuoi ? » (que veux-tu ?) (3) La question est posée à l’Autre, dès la première rencontre avec le désir. La construction du graphe du désir va le situer entre la demande pulsionnelle et le fantasme, entre $♢D et $♢a ; pulsion et fantasme entendus comme pris entre chaîne signifiante et imaginaire.

Jacques-Alain Miller, lors de la journée des Sections cliniques du 26 mai 2013, propose de tirer un fil dans ce séminaire. « Ce fil c’est celui du fantasme. » Il se développe dans le Séminaire VI une première logique du fantasme et en particulier du fantasme fondamental (4).

Ce Séminaire de 1958-59 va établir le passage d’une fonction imaginaire du fantasme à la formulation du caractère réel de l’objet. « The King is a thing… a thing of nothing. » (5) Les sept leçons sur Hamlet sont le pivot du séminaire.

Hamlet est la tragédie du désir – Hamlet ne sait pas s’il veut ce qu’il désire – et Lacan en passe par cette tragédie pour montrer que le désir n’est pas seulement centré sur le manque de l’Autre, mais qu’il a un objet et qu’au-delà de l’objet imaginaire, Ophélie, au-delà du double Laërte, au-delà du phallus, cet objet est réel.

Hamlet montre combien l’Œdipe dit normatif n’est pas sans apporter troubles et désordre. « Le symptôme d’Hamlet, c’est son Père. » (6) La tragédie bascule avec la play-scène, pantomime qui précède, The mousetrap, théâtre en abîme où Hamlet voulant dévoiler la noirceur meurtrière de son oncle, perçoit son propre désir de meurtre.

De Shakespeare à Nabokov, et d’Ella Sharpe à Mélanie Klein, des fantasmes de rêve – le rêve freudien du père mort – à la perversion et la sublimation, c’est une première approche du fantasme que Lacan cherche et expose dans ce Séminaire, approche qui ne sera reprise que lors du Séminaire XIV, « La logique du fantasme ». Le Père, même mort, ne garantit rien : « Le grand secret de la psychanalyse… c’est – il n’y a pas d’Autre de l’Autre. » (7)


1. Texte établi par Jacques-Alain Miller
2. Spinoza B., Éthique, troisième partie, trad. R. Caillois, Pléiade, Gallimard, Paris 1954, p. 525, cité par Lacan p. 16 et 558 du Séminaire VI
3. Cazotte J., « Le diable amoureux », « L’école des lettres », Seuil, 1992, Cf. aussi « Chè vuoi ? », Alain Grosrichard, « l’Âne » n°3, 1981, p. 16 – 17
4. Lacan J., op. cit., chap. XX, p.434
5. Shakespeare W., Hamlet, Acte IV, scène 2
6. Miller J.-A., lors de la journée des Sections Cliniques du 26 mai 2013, inédit
7. Lacan J., op. cit., chap XIV, p.353

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