Séminaire du Cercle

Les paradoxes du désir 

 

C’est le Séminaire « Le désir et son interprétation » qui va nous servir de guide cette année pour la Section clinique de Rennes et pour les travaux du Cercle.

Le désir est paradoxal et l’objet qu’il vise lui échappe de telle manière et avec une telle constance qu’il faut en tirer cette conclusion : il est de la nature même du désir de ne pas atteindre l’objet qu’il vise. C’est ce que Lacan mettra en évidence très rapidement en réinterprétant le Wunsch freudien dans son articulation, sur l’Autre scène, à la chaîne signifiante inconsciente.

Le désir devient, dans la direction de la cure, la « métonymie du manque-à-être », c’est- à-dire comme le précise Jacques-Alain Miller dans la présentation du Séminaire « Le désir et son interprétation » qu’il a fait à Athènes, « la répercussion d’un manque. »

Le désir se soutient de ce paradoxe : c’est là qu’il rampe, qu’il glisse, c’est là qu’il fuit, tel le furet, dans les intervalles même des signifiants du discours de l’Autre (1).

Car le désir du sujet c’est avant tout le désir de l’Autre, l’Autre qui est en lui, dit Lacan dans le même Séminaire, et c’est en tant qu’Autre que sans le savoir il désire. C’est donc logiquement depuis l’Autre que le sujet questionne son propre désir. Dans son texte intitulé « Subversion du sujet et dialectique du désir », Lacan décrit le déploiement en trois temps de cette question « que veux-je ?», pour peu que le savoir-faire de l’analyste soit au rendez-vous, je le cite : « C’est pourquoi la question de l’Autre qui revient au sujet de la place où il en attend un oracle, sous le libellé d’un : Che vuoi ? que veux-tu ? est celle qui conduit le mieux au chemin de son propre désir – s’il se met, grâce au savoir-faire d’un partenaire du nom de psychanalyste, à la reprendre, fût-ce sans bien le savoir, dans le sens d’un : « Que me veut-il ? » » (2).

C’est à partir de cette mise en place structurale que s’ouvre pour le sujet la voie – paradoxale – de son propre désir. L’interprétation de l’analyste consistant à maintenir ouverte cette voie pour que se construise le fantasme. L’analysant « découvrira » alors qu’il répond à la question réitérée de « que me veut-il ? » en termes pulsionnels : autre paradoxe.

Au lieu du savoir espéré par le sujet se présente, paradoxe encore, un non-savoir, un trou dans le savoir qui prend la forme d’un objet, nommément l’objet a, complément vivant du sujet $ et répondant dans le fantasme de l’objet cause.

Comme métonymie du manque-à-être, le désir est partie intégrante de la chaîne signifiante. Mais causé par un objet hors sens, l’objet a, il a aussi partie liée avec le réel. La cure analytique est le lieu où s’éprouve cette « double appartenance » du désir jusqu’au point où, ultime paradoxe, le sujet s’aperçoit dans le chavirement du fantasme, nous sommes en 1967, que « la prise du désir n’est rien que celle d’un désêtre » (3).


1. Lacan J., Le Séminaire, Livre XI, « Les quatre concepts fondementaux », Paris, Seuil, 1973, p. 194
2. Lacan J., « Subversion du sujet… », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.815
3. Lacan J., « Proposition sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 254

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