2014-2015

Figures de l’Autre dans la clinique analytique

 

image-0001(4)C’est au début de la création de la Société Française de Psychanalyse (SFP) par scission à l’intérieur de la Société Parisienne de Psychanalyse (SPP), que Lacan prononce son discours de Rome écrit à l’été de 1953. Il introduisait par là dans la psychanalyse, tout en faisant retour à Freud, la fonction et le champ de la parole et du langage.
Or, cet Autre qui a partie liée avec ce parasite qu’est le langage et dont il dit dans son article « La direction de la cure » (1) qu’il est « le lieu de déploiement de la parole », peut s’entendre de diverses façons, et Lacan n’a pas manqué de les faire varier tout au long de son enseignement.

 Mais déjà, dès l’aurore de son usage de l’Autre, Lacan lui donne plusieurs valences : « Autre de la vérité, tiers de tout dialogue, référence des pactes et des controverses, Autre de bonne foi ; C’est encore l’Autre de la parole, allocutaire fondamental, adresse du discours au-delà du vis à vis. Dans les termes de la théorie de la communication, c’est le lieu du « code », qui est aussi bien celui où s’élabore le message […] c’est par là l’Autre dont l’inconscient est le discours […]. C’est enfin l’Autre du désir comme inconscient, opaque au sujet qui en est serf. » (2) J.-A. Miller va jusqu’à dire que ce n’est pas tant un concept qu’une lettre A, propre à attirer et susciter des significations multiples.

Dans la clinique nous voyons ces diverses significations à l’œuvre : tantôt il répond en effet à ce que Lacan appelait dans sa première clinique, la figure du tiers, tantôt il est investi de la fonction du symbolique et en supporte le registre avec son pouvoir de significantisation, tantôt encore, il est l’Autre primordial maternel ou encore l’Autre paternel porteur des insignes du Nom-du-Père, porteur également des identifications. Et, par emprunt au linguiste Roman Jackobson et à Saussure, Lacan fera de l’Autre le support de la métaphore et de la métonymie, revisitant ainsi, en les complexifiant, les notions freudiennes de déplacement et de condensation dans l’analyse des formations de l’inconscient. Ce peut être aussi l’Autre méchant selon le titre d’une récente journée de l’UFORCA.

Or, la complexité du concept d’Autre devient plus évidente à partir du moment où Lacan inscrit sur son graphe S(A barré), soit le mathème d’un manque dans l’Autre, qui lui aussi attire des significations multiples : lieu du manque constitutif du désir car, et « c’est un thème de Lacan devenu des plus populaires, l’analyste ne répond pas à la demande ; il interprète au-delà, au niveau du désir, le désir est inadaptable, inéducable, il n’est pas susceptible d’une pédagogie, mais seulement d’une éthique : « Ne pas céder sur son désir », non pas «libérer le désir »– cette idéologie n’est nullement lacanienne… Le désir freudien en revanche, n’est pas le contre de la loi, mais la même chose, ses formes sont en nombre limité, et sa fonction est coordonnée à un manque » (3).

Plus encore, le manque dans l’avancée de l’enseignement de Lacan est la marque d’un Autre que qualifient son inexistence, son inconsistance, et son incomplétude. C’est toute la question des identifications et de l’identité qui est bouleversée alors même qu’elle agite aujourd’hui au plus haut point notre société : identités nationales, identités communautaires, voire même identité sexuée. Ces questions se font plus aiguës dans la clinique psychanalytique à mesure que le déclin du père se répand dans la civilisation. C’est d’ailleurs le symbolique en tant que registre qui est, sinon aboli, du moins affaibli, puisqu’il n’est plus comme à l’époque de la scission de 1953, porteur du mythe œdipien à prétention universelle. Avec la prise en compte de « l’inexistence de l’Autre » nous aborderons la clinique de l’au-delà de l’Œdipe, la clinique de sujets de plus en plus éloignés de la nature par le discours de la science et la marchandisation capitaliste.

Ce nouveau statut de l’Autre est à mettre en rapport avec les six paradigmes de la jouissance (4), car ils visent chaque fois à résoudre le problème de la manière dont l’Autre de la parole et du langage parvient à traiter la jouissance humaine en excès, sachant que la pulsion ne peut se laisser dompter par le signifiant comme Serge Leclaire l’a pensé pendant un temps.

La clinique de la psychose et de l’autisme interroge ces points de façon radicale.

À la fin de son enseignement, Lacan posera que l’Autre absolu c’est le corps, et que, seul bien que troué, il existe comme support de la jouissance, tandis que l’Autre du signifiant se voit sous le vocable de parlêtre destiné à représenter le manque, l’univers des semblants.


1. Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.628
2. Miller J.-A., Ornicar ? n°21, p.40
3. Miller J.-A., ibid., p.52
4. Miller J.-A., La Cause freudienne n°43, octobre 1999, p.7-29

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Historique des conférences des invités :

 

  • 22 novembre 2014 – Aurélie­ Pfauwadel
  • 13 décembre 2014 – Armelle­ Guivarch
  • 10 janvier 2015 – Anne ­Lysy
  • 28 février 2015 – Véronique ­Mariage
  • 28 mars 2015 – Philippe ­Cullard
  • 11 avril 2015 – Claude ­Quenardel
  • 13 juin 2015 – Francesca ­Biagi-Chai

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