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C’est par de multiples élaborations de la notion d’Autre que la psychanalyse lacanienne a constitué une partie de son originalité ; néanmoins, cette notion a grandement varié depuis ses premières formulations dans les premières versions du stade du miroir.

Une première figure est corrélative de l’élaboration de la notion d’imago ; venant corriger la théorie freudienne de pulsion, elle la « dénaturalise » en la corrélant à diverses formes d’aliénation agressive dans des instances familiales/sociales. À une époque où triomphe déjà la notion d’intersubjectivité, elle retrouve dans le symptôme l’impossibilité hégélienne de la coexistence des consciences. Cette répartition se continuera avec la publication de « Fonction et champ de la parole et du langage », où la parole pleine, telle qu’elle devrait résulter de la reconnaissance du message inconscient, est opposée aux résistances imaginaires.

Non que toutefois la figure de l’Autre soit positivée sans réserve : au moment même où Lacan s’appuie sur les structures élémentaires de la parenté, décrites par Lévi-Strauss, pour spécifier en quoi l’inconscient est structuré comme un langage, il insiste sur la dette, la faute du père pour décrire la structure de « protêt » du symptôme névrotique. Loin que l’Autre puisse être garanti par un père idéal, conclusion rêvée par S. Freud du complexe d’Œdipe, la reprise par Lacan du cas du petit Hans esquisse l’inévitabilité des solutions « atypiques. »

Dès les premières écritures du graphe du désir, la décomplétion de l’Autre est donnée comme l’enjeu même des modes d’existence du sujet : seul le sujet psychotique se suffit de l’Autre du code ; le sujet névrotique, lui, s’appuie sur une fonction paternelle dont la Bejahung, paradoxalement, se soutient essentiellement de la notion qu’ « il ne savait pas » !

Cette dissymétrie – l’Autre, tel qu’il garantit la structure du sujet, s’appuyant sur une instance « métaphorique », secrètement négative – ne fera que s’accentuer. D’une part par le dédoublement entre P (le Nom-du-Père) et Phi (le phallus), permettant d’envisager des formes diverses de réalisation de la forclusion ou du destin pervers ; d’autre part, par l’accentuation de l’atypicité de la névrose au regard de toute volonté de normativation ; et enfin, par l’exploration systématique des impasses des relations entre les sexes, selon une direction déjà esquissée lors de l’exploration de Das Ding, dans le Séminaire « L’éthique ».

Si au début des années 50, la figure de l’Autre semblait très marquée par l’intersubjectivité et l’ « engagement », progressivement, c’est la thématique de l’inexistence du rapport sexuel qui finit par s’imposer, sur la base d’une exploration toujours plus minutieuse des particularités du désir féminin. Dès lors, l’Autre devient, au regard de ces nouvelles perspectives, ce qui ne parvient à s’écrire que par rapport à l’Un, comme « Un en moins » dans le nœud borroméen, formulation tirée du fait que « dans tout rapport de l’homme avec une femme, c’est sous l’angle de l’une en moins qu’elle doit être prise » (1), comme « une par une » (2).


1. Lacan ­J.,­ Le Séminaire,­ Livre ­XX, « ­Encore », ­Paris, ­Seuil, ­p.­116
2. Op. cit., ­p.­15

Références :

  • Lacan J., « Le stade du miroir », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.93
  • Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du désir », Écrits, op. cit., p.237
  • Lacan J., « Subversion du sujet et dialectique du désir », Écrits, op. cit., p.793
  • Lacan J., Le Séminaire, Livre VII, « L’éthique de la psychanalyse », Paris, Seuil, 1986
  • Lacan J., Le Séminaire, Livre VIII, « Le transfert », Paris, Seuil, 2001
  • Lacan J., Le Séminaire, Livre X, « L’angoisse », Paris, Seuil, 2004
  • Lacan J., Le Séminaire, Livre XIX, « …Ou pire », Paris, Seuil, 2011
  • Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, « Encore », Paris, Seuil. * On pourra aussi se reporter aux références des pages 5 et 6

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