Séminaires théoriques

 

Lecture et commentaire du Séminaire XVI de Jacques Lacan : D’un Autre à l’autre.

Texte établi par Jacques-Alain Miller, Éditions du Seuil

 

Dans son Ouverture de la Section clinique de Vincennes, le 5 janvier 1977, Lacan propose que la section qui s’intitule « De la clinique psychanalytique, soit une façon d’interroger le psychanalyste, de le presser de déclarer ses raisons. » (1)

La lecture du Séminaire XVI, « D’un Autre à l’autre », prononcé en 1968-69, répond à cette visée de Lacan. Ce séminaire fonde la clinique dans la structure. Ainsi, vouloir savoir et résoudre « ce qui fait nœud pour le névrosé » (2) nécessite de se repérer dans la logique par laquelle « la structure du sujet fait drame. » (3) Cette démarche logique est aussi valable pour la perversion et la psychose, le séminaire le démontre.

Le Séminaire XVI est une élaboration logique du concept de jouissance, entre l’inconsistance de l’Autre et la consistance logique de l’objet.

La première partie introduit l’inconsistance de l’Autre en remaniant la valeur jusqu’ici accordée à S de grand A barré, et ouvre au débat entre être et existence qui mène à l’enjeu du pari de Pascal. « Dieu est, ça ne fait aucune espèce de doute, ça ne prouve absolument pas qu’il existe. La question ne se pose pas. Mais il faut savoir si Je existe. » (4) La quête de Lacan avec Pascal nous oriente du Je à la cause, soit l’objet a et la perte inhérente au signifiant qui sépare le sujet de l’Autre. La perte ouvre sur la répétition et Lacan cherche, avec la suite de Fibonacci ce qui ferait réglage entre 1 et a, entre signifiant et jouissance. « Comment figurer ce qui se perd dans le fait de poser arbitrairement le 1 inaugural, réduit à sa fonction de marque ? » (5) Au cœur de cette quête logico-mathématique sur le pari, il y a le réel qui fait trou dans l’Autre, et la question de l’acte : « Il n’y a d’autre jeu que de risquer le tout pour le tout, que c’est même ça qui s’appelle agir tout court. » (6)

Les trois parties suivantes concernent la jouissance : son champ, son réel, sa logique. Lacan se sépare du pathos colorant le Séminaire « L’éthique de la psychanalyse » pour donner à la jouissance son statut de fonction logique. La pulsion est revisitée sur la thèse d’une « conjonction de la logique et de la corporéité. » Ceci amène Lacan à s’interroger sur le ressort qui peut faire de la jouissance de bord un équivalent de la jouissance sexuelle (7). Sublimation et perversion viennent indiquer « comment un trou topologique peut fixer à soi seul une conduite subjective. » (8)

Le réel de la jouissance concerne ce trou en tant qu’enforme de l’Autre. Comme l’indique Jacques-Alain Miller (9), il s’agit là de repérer dans le sujet « un représentant qui soit plus originel que le signifiant. » Lacan décline les « effaçons » dans les modalités logiques et corporelles de l’objet par lesquelles s’inscrit le sujet de ne pouvoir qu’être représenté. L’enjeu d’une analyse est saisi comme jonction entre l’objet « où le sujet peut retrouver son essence réelle comme manque à jouir, et rien de plus, […] et le champ de l’Autre, en tant que s’y ordonne le savoir. » (10)

Névroses et perversions sont relues sur fond de jouissance à démasquer dans le symptôme, en tant qu’indicible.

La logique de la cure trouve son ressort dans la logique de la jouissance. La fin de l’analyse et la passe, dont Lacan a fait la proposition l’année précédente, s’orientent de la structure qui commande l’acte analytique.

C’est aussi ce qui fonde la valeur politique de ce Séminaire, prononcé à une époque où la fonction du père et celle de la jouissance sont particulièrement interrogées dans la civilisation.


1. Lacan J., Ouverture de la section clinique, Ornicar ? n° 9. Texte disponible également sur le site de l’Ecole de la Cause Freudienne
2. Lacan J., Le Séminaire, livre xvi, D’un Autre à l’autre, p.278
3. Ibid.,­ p.­322
4. Ibid., ­p.­103-104
5. Ibid.,­ p.­139
6. Ibid., ­p.­178
7. Ibid.,­ p.­229
8. Ibid., ­p.­259
9. Se reporter à la revue La Cause freudienne n° 64 à 67 pour lire sa sa présentation du Séminaire XVI
10. Op. cit., ­p.­322

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